Pris dans la toile (2025) de Sébastien Broca
#1
Sous-titré "De l'utopie d'Internet au capitalisme numérique", cet essai retrace depuis les débuts du Web l'évolution à la fois de ce que seront aujourd'hui les Big Techs mais aussi toutes les inititives prises afin de défendre les libertés sur Internet. Il ne s'agit pas juste d'en faire un historique mais de les confronter et de les analyser ensemble afin de démontrer comment ces deux mondes, que l'on pourrait penser souvent opposés, sont en fait intimement intriqués ; les uns se nourrissant des autres et vice-versa, à la fois en terme d'idées, d'idéologie et même de ressources humaines avec des personnes passant d'une tâche à haute responsabilité chez les uns à une tâche à haute responsabilité chez les autres.

C'est un bouquin vraiment intéressant, très riche et très documenté (5 ans de recherche tout de même). Pour ceux qui ne connaissent pas le sujet mais qui s'y intéressent, c'est une belle porte d'entrée. Quant à ceux qui sont déjà versés dans le thème, l'auteur pousse suffisamment dans le détail pour, non seulement faire découvrir quelques anecdotes (parfois croustillantes), mais aussi pour élargir notre réflexion.

Extrait concernant l'IA qui est (évidemment) l'un des thèmes abordés : "Alors que les débats se focalisent en général sur les usages et leurs impacts à venir dans différents secteurs, il faut montrer ce qu'implique la production de ces technologies, en soulignant les ressources naturelles et le travail qu'elles consomment, de même que les pollutions qu'elles engendrent. Ce qui est présenté comme de l'« innovation » doit par ailleurs être réinscrit dans l'économie politique du capitalisme numérique. Le travail nécessaire à l'IA est massivement externalisé dans des pays comme l'Inde, les Philippines, le Kenya ou Madagascar. Ses impacts environnementaux, notamment l'extractivisme minier, sont surtout supportés par les pays du Sud et la Chine. Les bénéfices de ces technologies sont en revanche captés par un petit nombre d'entreprises, majoritairement américaines. La conclusion est claire : il existe aujourd'hui une appropriation de travail et de ressources naturelles, réalisée au détriment de certains territoires déjà historiquement marginalisés. Derrière les usages de l'IA qui occupent l'essentiel du débat public se révèlent des relations d'échange asymétriques, souvent de nature néocoloniale, que les grandes entreprises ont intérêt à maintenir dans l'obscurité."

C'est vraiment, je pense, l'un des bouquins à lire quand on s'intéresse à toutes ces questions.
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